Réponses à la crise du logement : ce que nous apprennent les modèles de logements sociaux en Europe

Colloque à l’initiative de l’USH

Publié le 27 avril 2026

Le 20 avril dernier, Espacité a participé au colloque organisé par L’Union Sociale pour l’Habitat à la Représentation Permanente de la France auprès de l’Union Européenne à Bruxelles, sur les modèles de logements sociaux en Europe.

Ce colloque s’inscrit dans un contexte marqué par la mise en place d’un Plan Logement abordable par la Commission Européenne en décembre dernier (cf. notre édito de décembre 2025). Organisé autour de trois tables rondes thématiques et d’une table ronde de synthèse rassemblant des intervenants du monde du logement social de différents Etats membres, des parlementaires européens français, des représentants de fédérations d’entreprises, des financeurs publics ou encore l’OCDE, il a permis de présenter des contextes territoriaux sur chacune des thématiques et d’échanger sur les perspectives ouvertes par le Plan logement abordable ainsi que sur les points d’attention portés par les acteurs.

La première table ronde proposait une radiographie de la crise du logement en Europe. Les intervenants ont posé un constat partagé : la crise du logement est profonde, structurelle, et les réponses publiques restent en deçà des besoins. En France, plus de 5 millions de personnes attendent un logement social, parmi lesquels environ 1/3 de demandes de mutation. Ailleurs en Europe, la situation n’est guère meilleure — les témoignages ont illustré les difficultés en Espagne, qui dispose de moins de 3 % de parc public, ou encore en Allemagne, qui a vu son parc social réduire de 2,5 à 1,1 million d’unités en vingt ans. Dans ce contexte, l’un des points de tension soulevé est celui de la place faite à la prise en compte des ménages les plus pauvres. De manière sous-jacente, la notion de logement abordable présente-t-elle le risque d’orienter les financements vers des publics plus larges au détriment des ménages modestes ? Mais aussi, quelle place pour le modèle généraliste du logement locatif social en France, notamment du fait du nouveau cadre défini pour le SIEG Logement abordable en décembre 2026 ? Ces questions ont finalement irrigué les débats tout au long du colloque.

La seconde table ronde dédiée à la production et au financement de logements sociaux a mis en lumière la diversité des modèles européens : par exemple, le parc social représente de moins de 2 % à plus de 20 % du total selon les pays, avec des structures de propriété et de gouvernance très variables. Dans un contexte de hausse des coûts de production, des pistes de travail ont été évoquées, comme la construction hors-site ou modulaire.

La troisième table-ronde dédiée à la rénovation et à la décarbonation du parc social est venu rappeler que la contrainte n’est pas technique mais financière. Et tous les intervenants se sont accordés sur la nécessité de ne pas devoir choisir entre produire du logement et décarboner le parc existant.

Ces différents moments ont aussi été l’occasion de montrer le rôle joué par le parc social pour répondre aux enjeux sociaux, économiques et environnementaux du logement. Ils ont aussi permis d’aborder les enjeux de financements européens. La BEI a notamment fait par son ambition de renforcer les prêts aux acteurs du logement social, en précisant sont attention portée à ce que les projets financés viennent répondre aux besoins des ménages. Le prochain budget européen pour la période 2028-2034 est en cours de préparation : a été soulignée l’importance qu’il fasse une réelle place au logement, sans que cela ne soit au détriment d’autres sujets, mais en fléchant de manière claire des crédits pour que leur affectation ne dépende de choix opérés à une échelle infra-européenne. La question de la subsidiarité reste cependant un principe sur le domaine du logement, compétence des Etats membres, comme cela est soulevé par exemple dans le cadre des débats sur les dispositions en cours de réflexion concernant les délais pour les permis de construire.

En clôture, Emmanuelle Cosse, Présidente de l’USH, a notamment souligné les enjeux suivants auxquels le Plan Logement Abordable devra répondre : lutter contre la spéculation immobilière et réguler les marchés, protéger les classes moyennes inférieures et les plus modestes, ne pas faire dépendre le logement des marchés financiers, favoriser la détention longue, ou encore traiter la location touristique comme une cause structurelle de ségrégation territoriale.

Gregor Gajewski, représentant la Task Force sur le logement auprès de la Commission Européenne, a rappelé l’objectif politique fort de ce Plan logement européen qui constitue une première étape et invité les acteurs du secteur à l’alimenter concrètement, notamment d’ici le sommet des chefs d’Etat dédié à la question en octobre 2026.

Géraldine Chalencon

Directrice opérationnelle

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